Classe du collège de Sanon

Utilité de la réalisation du collège de Sanon

A propos du nouveau système scolaire du Burkina Faso, appelé « continuum » … Et, de l’utilité de la réalisation du collège de Sanon que nous avons construit entre 2011 et 2013 … 

Au sujet du « continuum », Médiaterre*  écrit :

« Le Burkina Faso est engagé dans la mise en œuvre de la réforme du système d’éducation afin d’assurer un enseignement de base obligatoire et gratuit à tous les enfants de 3 à 16 ans.

L’ambition des autorités politiques est de rendre le système éducatif cohérent, plus fonctionnel et plus adapté aux besoins de développement socioéconomique et culturel du Burkina Faso.

Avec ce nouveau système, l’éducation de base comprend désormais le préscolaire, le primaire et le post-primaire (jusqu’en 3ième) qui forment un cycle unique appelé continuum d’une durée de treize ans.

Malgré la pertinence de la philosophie, beaucoup d’insuffisances sont constatées dans son exécution. En effet aujourd’hui, le continuum souffre de beaucoup de maux dont le manque d’infrastructures, le manque de personnel enseignant, toute chose qui a pour conséquence, l’incapacité de prise en charge de milliers d’élèves admis à l’entrée en sixième, la non rémunération des enseignants vacataires appelés en suppléance pour ne citer que cela »…

* Médiaterre : Informe sur l’actualité du développement durable, à la fois récepteur et producteur de l’information, membre d’une communauté d’experts, de praticiens et de citoyens, acteurs du développement durable.

Pour illustrer ce changement, P. Maurice OUDET nous relate cette « histoire vécue » :

« Denise, orpheline de père,  a pu être scolarisée jusqu’au CM2. Elle a eu son CEP (Certificat d’Etudes Primaires) en juin 2014, mais, cette année-là, elle n’a pas obtenu l’entrée en 6°.
Sa maman étant loin de pouvoir rassembler les 80 000 F *(équivalent de 122 €) nécessaire pour l’inscrire dans un établissement privé, je lui ai conseillé d’inscrire à nouveau sa fille au CM2.
Ce qu’elle a fait.
Et en juin 2015 Denise obtenait son entrée en 6°.
Mais cette année là encore, pas de place dans le public, elle a donc été affectée dans un lycée privé dont la scolarité s’élève à 77 500 F (118 €) pour toute l’année, au lieu de moins de 20 000 F (30 €) dans le public.
Ayant été  « affectée », il est clairement écrit sur les documents, que Denise n’aura que 27 500 F (42 €) à payer pour la scolarité, l’état prenant en charge les 50 000 F (76 €) restant.
Cette prise en charge par l’état correspond à un appui financier facilitant la scolarité des orphelins. Sachant que la maman n’est pas capable de payer les 27 500 F (42 €), j’ai pris en charge la scolarité de Denise.
A ma grande stupeur, en janvier 2016, Denise est venue me voir, me disant qu’elle avait été chassée de sa classe avec tous ceux qui n’avaient pas payé les 50 000 F impayés, c’est-à-dire, la part de l’état ! Oui, vous avez bien lu !
Les élèves qui ne paient pas la part de l’état sont chassés de l’établissement.
Voulant en savoir plus, j’ai contacté l’intendant qui m’a dit que l’état leur avait affecté de nombreux élèves (les ¾ je crois), si bien qu’en ce mois de janvier ils ne pouvaient plus payer les professeurs. Et donc, qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de demander aux parents la part de l’état, ou de fermer l’établissement.
J’ai négocié la possibilité de payer une certaine somme par mois, et j’ai fait signer un papier certifiant que je serai remboursé quand l’état aura versé sa part ».

D’après P. Maurice OUDET, responsable de  SEDELAN au Burkina Faso (structure d’appui aux organisations paysannes du Burkina Faso et grand défenseur de la souveraineté alimentaire).

* Le salaire mensuel moyen d’un instituteur au Burkina Faso est de 80 000F soit 122 €.